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La ligne Saint-Étienne à Andrézieux
Le 30 juin 1827, une ère commence. Sur les hauteurs de Saint-Étienne, un cheval prend en charge trois wagons chargés de charbon et entame la descente vers la Loire. Il n'y a ni cérémonie officielle, ni discours. Seulement le bruit des roues sur les rails en fonte, et une pente douce qui conduit, sur une vingtaine de kilomètres, jusqu'au port d'Andrézieux-sur-Loire. Ce jour-là, le premier chemin de fer de France et d'Europe continentale entre en service.
Chemin de fer hippomobile pour le transport du charbon
(Angleterre, DR)
Les origines : une nécessité industrielle (1821-1824)
Tout commence non pas sur les rails, mais dans les mines. Au début du XIXe siècle, le bassin houiller de la Loire est le plus important de France. Saint-Étienne produit du charbon en quantité, mais ne peut pas l'acheminer efficacement vers les marchés : ni vers Paris, ni vers les industries du Berry ou du Nivernais, ni vers la Loire qui permettrait de le descendre jusqu'à Nantes. Les routes sont insuffisantes. Le Furan, rivière qui dévale des hauteurs stéphanoises, n'est pas navigable.
Deux ingénieurs locaux, Louis de Gallois et Louis-Antoine Beaunier, reviennent d'un voyage d'étude en Angleterre convaincus : la solution, c'est le rail. Le 5 mai 1821, un groupement de concessionnaires (messieurs de Lur-Saluces, Boigues, Milleret, Hochet et Bricogne) dépose la demande officielle. L'ordonnance royale de Louis XVIII, signée le 26 février 1823, autorise la construction. La Compagnie du chemin de fer de Saint-Étienne à la Loire est créée le 21 juillet 1824. Les travaux commencent en juillet 1825, sous la direction de Beaunier.
La ligne : technique et fonctionnement
La ligne longe le Furan depuis Saint-Étienne-Pont-de-l'Âne jusqu'au port d'Andrézieux sur la Loire. Son tracé suit la pente naturelle de la vallée : 142 mètres de dénivelé sur une vingtaine de kilomètres. Ce choix n'est pas anodin : c'est lui qui rend le système économiquement viable.
La traction est entièrement hippomobile de 1827 à 1844. Un cheval, trois wagons chargés : c'est l'unité de base du trafic. Le fonctionnement exploite intelligemment la topographie. À la descente, la pente naturelle assure la progression des wagons chargés de charbon ; le cheval accompagne le convoi, régule l'allure, contrôle la descente. À la remonte, les wagons reviennent vers Saint-Étienne beaucoup plus légers (bois de Forez, chaux, sable ou gravier de Loire) et l'animal assure la traction sur ce trajet allégé. La ligne est à voie unique, avec des garages, appelés "croisières" dans le vocabulaire de l'époque, pour permettre le croisement des convois.
Ces rails sont caractéristiques de leur époque : en fonte, dits "à ventre de poisson", longs d'un peu plus d'un mètre, reposant sur des dés en pierre. Robustes pour l'époque, ils montreront leurs limites avec le temps ; la fonte s'écaille sous le passage répété des wagons, le gel hivernal fissure les dés de pierre.
Rail retrouvé dans les sables du Furan en 2019,
restauré et exposé à L'Aventure du Train sur dés en pierre d'origine
(photo OR)
Au terminus d'Andrézieux, le charbon est transbordé sur les rambertes : ces bateaux à fond plat construits en sapin, qui descendent la Loire vers Roanne, Nantes ou Paris. La ramberte est un outil pensé pour le sens unique. Elle ne remonte pas vers son port de départ, mais sa vie ne s'arrête pas pour autant au bout du voyage : elle circule sur la Loire et les canaux latéraux, change de mains sur un marché de l'occasion actif, transporte d'autres marchandises, avant d'être finalement démontée et ses planches vendues sur place. Rail et fleuve forment ainsi un système intégré, pionnier dans sa conception.
L'histoire de la marine de Loire et de la navigation fluviale est à découvrir au Château de Bouthéon, dont le parcours de visite retrace la vie du fleuve sous toutes ses formes.

L'arrivée du charbon au port d'Andrézieux vers 1836
(Auguste Victor Deroy et Charles Motte, « Les rives de la Loire dessinées d’après nature et lithographiées », 1836)
Une ligne qui s'élargit : voyageurs et réseau (1827-1844)
À ses débuts, la ligne est strictement réservée aux marchandises, et particulièrement à la houille. Mais dès le 21 août 1827, un premier voyage non commercial d'une personnalité a lieu sur la ligne : la Comtesse Bertrand, épouse d'un général du Premier Empire, grand maréchal du palais de Napoléon, devient la première personnalité européenne à voyager en chemin de fer sur le continent.
Extrait du Mercure ségusien du 25 août 1827 et portait de la comtesse Bertrand
Le transport régulier de voyageurs commence le 1er mars 1832, cinq ans après l'ouverture commerciale. La même année, la ligne est reliée à celle de Saint-Étienne à Lyon. En 1833, une troisième ligne la connecte à Roanne. Ces trois lignes, toutes nées dans le département de la Loire entre 1827 et 1833 et gérées par trois compagnies distinctes, forment ensemble le premier réseau ferroviaire de France : un réseau articulé autour de Saint-Étienne, reliant charbon, industrie, Loire et Rhône.
En 1844, les premières locomotives à vapeur font leur apparition sur la ligne. La compagnie va progressivement constituer un parc de sept machines : deux locomotives Schneider construites au Creusot — parmi lesquelles "La Loire" et "Le Furens" — suivies d'une Hick, de deux Koechlin et de deux Clément-Désormes. La vapeur prend le relais des chevaux pour la traction des convois lourds, tout en prolongeant une logique pionnière : chaque nouvelle machine est une expérimentation sur une ligne qui n'a cessé, depuis 1827, d'ouvrir des voies inédites.
En 1853, les trois compagnies fusionnent sous le nom de Compagnie des chemins de fer de jonction du Rhône à la Loire.

Locomotive Schneider frères et Cie (Le Creusot)
Première machine de la première ligne de France
(Dessin de J.C. Faure)
La disparition d'une ligne pionnière
La ligne ne disparaît pas dans l'oubli mais dans le progrès qu'elle a contribué à rendre possible. À partir des années 1850, le réseau ferroviaire français se restructure profondément : les convois sont plus lourds, les tracés doivent être repensés. Vers 1864, la ligne originale de Saint-Étienne à Andrézieux s'efface (sauf sur les voies basses en bord de Loire) pour laisser place à un tracé plus moderne, capable de supporter les exigences du chemin de fer industriel mature.
Ce qu'elle laisse derrière elle, ce ne sont pas seulement des vestiges (les rails retrouvés dans les sables du Furan en sont une des preuves tangibles) mais une révolution. En quelques décennies, ce tronçon de vingt kilomètres a démontré qu'on pouvait transporter des marchandises et des hommes par la force du chemin de fer, inventer un nouveau rapport à la distance, et faire d'un département minier le berceau du rail européen.
Découvrir cette histoire autrement
Nous enrichissons progressivement notre rubrique "Actus & News" avec des récits, des archives et des anecdotes sur la ligne pionnière et sur les trois premières lignes de France, toutes nées dans notre département entre 1827 et 1833. Revenez régulièrement : de nouveaux contenus y sont publiés au fil des mois, en préparation du Bicentenaire 2027.
Et pour vivre cette histoire de l'intérieur, embarquez dans le train reconstitué de 1844 pour notre spectacle immersif, puis rejoignez en train touristique le terminus historique en bord de Loire, là où le charbon embarquait autrefois sur les rambertes.
Pour aller plus loin
Un documentaire à voir
"Sur le chemin du premier rail français" (2024) : documentaire de Margaux Pélisson, coproduit par TL7 et Nomage Productions (52 min). Consacré à la ligne Saint-Étienne – Andrézieux, il réunit plusieurs acteurs du patrimoine ferroviaire ligérien, dont L'Aventure du Train. Disponible gratuitement en replay.
Des ouvrages de référence
Plusieurs ouvrages sont disponibles à la boutique de L'Aventure du Train :
Pour approfondir
Les articles Wikipédia consacrés à la Ligne de Saint-Étienne à Andrézieux et à la Compagnie du chemin de fer de Saint-Étienne à la Loire recensent les principales sources académiques sur cette ligne pionnière.
Avec l'Aventure du Train, revivez les débuts du chemin de fer par une expérience immersive unique et partez sur les traces de la première ligne du continent !